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Faune & chasse durable

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"2000 ha sinon rien"

La gestion du petit gibier à grande échelle.

Agriculteurs, chasseurs, naturalistes : trois acteurs du monde rural avec une vue et une action territoriale différentes. Si l’agriculteur conçoit son environnement en fonction de ses parcelles, le chasseur entrevoit le sien à l’échelle de son territoire de chasse. Que dire enfin du naturaliste qui évolue parfois sur une province entière ? Si nous avons tous des terrains de jeux différents, nos espèces gibier, telles le lièvre ou la perdrix, ont des domaines vitaux bien déterminés eux et ceux-ci ne coïncident que rarement avec l’échelle de gestion qui leur est imposée. En Wallonie, la surface moyenne des territoires de chasse en plaine est de 240 hectares. Dans la gestion des populations de petit gibier, la taille de ces territoires est un élément à prendre en compte, bien qu’elle soit peu citée dans les difficultés rencontrées par le gestionnaire.

 

Depuis 2008, l’asbl Faune & Biotopes travaille sur divers projets visant à développer les populations de la petite faune des plaines (Perdrix grise Perdix perdix, Bruant proyer Emberiza Calandra, Alouettes, etc.) sur de grandes étendues (2.000 ha au minimum), correspondant aux besoins des populations des espèces précitées : sites de nidification, de refuge et d’alimentation des jeunes et des adultes. Ces projets impliquent de multiples acteurs (autorités locales, exploitants agricoles, chasseurs, forestiers, naturalistes, etc.). Un projet pilote intitulé « 2.000 ha, sinon rien ! » a ainsi démarré en 2012 pour une durée de 5 ans.

 

 

Figure 1 : Un territoire de chasse dont la surface est de 250 hectares. Dans le cadre d’un repeuplement en Faisan, la dispersion des individus se fait jusqu’à deux  kilomètres du point de lâcher, soit sur une surface d’environ 1.300 hectares. Le Lièvre a un domaine vital de 200 à 300 hectares et la dispersion des juvéniles est significative jusqu’à 2 kilomètres. Pour développer une population de Lièvre, il semble raisonnable de le faire sur une surface de 2.000 hectares au minimum. Par ailleurs, pour qu’une population de Perdrix grise soit viable à long terme, il faut compter 200 à 400 couples, soit pour une densité de 10 couples aux 100 hectares, un espace de 2.000 à 4.000 hectares. Et enfin, pour augmenter les chances de réussite dans la gestion des populations de petit gibier, il faut limiter l’impact des prédateurs. Leur régulation n’est efficace que si elle se fait sur des surfaces de plus de 4.000 hectares.

 

 

 

Les zones d’actions et les acteurs de terrain

Lorsqu’un périmètre est défini, les actions se répartissent en plusieurs étapes distinctes. L’inventaire du réseau écologique, qui permet d’obtenir un état des lieux, constitue la première étape. Le relevé de tous les éléments est nécessaire : haies, arbres isolés et alignements d’arbres ; mares et cours d’eau ; méthodes agro-environnementales ;  vergers ; bords de routes en fauchage tardif et chemins enherbés ; lisières, bois et bosquets ; etc. Il s’agit ensuite de déterminer des « zones cibles », sur base de la cartographie de l’état initial, où le réseau écologique est à compléter prioritairement ou à améliorer. Selon les situations, ces zones concerneront les noyaux d’habitats et de populations existants (afin de les renforcer) ou au contraire, les zones très appauvries où tout est à développer. Les actions concrètes sur le terrain en faveur de la faune et de ses habitats peuvent alors être mises en place avec la participation de l’ensemble des acteurs ruraux (autorités locales, exploitants agricoles, chasseurs, forestiers, environnementalistes, etc.), en tenant compte des besoins de chacun.

 

Démarche participative

Figure 2 : réunion annuelle des titulaires de droit de chasse de la zone de Beauraing en présence du DNF.

 

Dans le cadre d’un projet comme celui-ci, l’appropriation de la démarche par les acteurs locaux est la clé du succès. Ce sont eux qui agissent sur le terrain. La présence d’un référent local est donc très importante, en raison de sa connaissance de la zone et de l’ensemble des acteurs ruraux. La coordination d’un tel projet par une personne extérieure est nécessaire aussi (rôle joué par Faune & Biotopes), pour centraliser les informations et les résultats, proposer régulièrement de nouvelles actions à mettre en place, faire le point, motiver les « troupes » et surtout, assurer un conseil technique de haute qualité, sur des sujets très variés. Le coordinateur peut, par exemple, lors de la visite d’un territoire, conseiller le chasseur pour des aménagements en faveur de la faune des plaines, l’aider à remplir des dossiers de demandes de subsides, puis assurer un suivi de chantiers d’installation ou d’entretien des aménagements, etc.

 

Figure 3 : deux chasseurs partenaires du projet devant une volière de prélâché construite dans le cadre du projet 2000 ha.

 

 

Faune et biotopes coordonne actuellement trois zones de projet en Région Wallonne (une sur la commune de Beauraing, une sur Nivelles (CC3P) et une sur Silly (CC3R)). La première vise le développement d’une souche naturelle de faisans de Colchide alors que les deux autres sont axées sur la perdrix grise. Bien qu’ayant un intérêt cynégétique incontestable, l’ensemble de ces actions visent à développer la biodiversité dans son ensemble au sein des plaines agricoles et ce en tenant compte de l’avis de l’ensemble des acteurs du monde rural.

 

 

            Conclusion

En somme, décloisonner la gestion cynégétique est une nécessité à deux niveaux. D’une part pour prendre en compte la biologie des espèces visées : les territoires de chasse sont souvent trop petits pour une gestion efficace des populations de la petite faune des plaines et d’autre part parce que les efforts de gestion sont trop souvent portés par les épaules d’une seule personne (propriétaire, agriculteur ou chasseur) ce qui constitue un point faible des initiatives.

L’expérience prouve que la prise en compte de surfaces d’au minimum 2.000 hectares, en impliquant l’ensemble des acteurs locaux, est une bonne voie pour se donner le plus de chances d’assurer le maintien et la conservation de la petite faune des plaines agricoles, à moyen terme.

 

            Simon Lehane

        Coordinateur du projet

"Plaine de vie: 2000 ha sinon rien!"

    

       Faune & biotopes asbl

             98, rue Nanon
              5000 Namur
    

  slehane@faune-biotopes.org

           0495/19.15.29

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